Festonnée de villages sur pilotis, de temples bouddhiques, de jardins et marchés flottants, le lac Inle situé à l’ouest du pays Shan, nous a offert de magnifiques paysages et rencontres.

Après un voyage en bus depuis Yangoon un peu fatigant (arrivée à 4H00 sur place après 10h de bus !), nous prenons un petit déjeuner couleur locale local à Nyang Schwe avant de trouver une petite hospedadge toute récente… où nous sommes seuls.

Ils nous prêtent 5 vélos, et nous sillonnerons durant les 5 jours qui suivent les sentiers alentour nous permettant une immersion totale dans ce petit coin de paradis !

Et oui, c’est bien la saison des moussons en Birmanie!

Nous vivrons entre autre une expérience unique avec le festival annuel pour les moines des 17 villages autour de Niang Schwe.

Une fois par ans, les gens de ces villages se retrouvent pour une fête champêtre dont l’objectif est de faire des donations pour ces moines, manger, écouter quelques lectures…et repartir chez eux.

Nous arrivons sous un déluge et sommes accueillis sous une pagode où se tiennent une centaine de femmes…et quelques hommes recevant les offrandes .Seuls européens de l’assistance, nous sommes encerclés et commençons à échanger avec les quelques mots du Lonely Planet qui font guise de premiers contacts (après les sourires de rigueur !) en essayant de se faire comprendre au-delà des quelques mots basiques de politesse !

 

Les femmes veulent toucher la peau et les cheveux des enfants fascinés par le mix blonds/yeux bleus. Puis nous sommes invités à déjeuner et là 100 personnes nous scrutent pour voir nos réactions devant les quelques mets proposés dont certains ne semblent pas avoir de nom !

Nous sommes un peu surpris d’être regardés, scrutés de la sorte. Cela nous rappelle, Marie et moi, des expériences similaires il y a 13 ans lors e notre première boucle en Birmanie, avec une différence de taille….A l’époque, c’est nous qui prenions les photos, maintenant, ce sont eux qui prennent les caucasiens en train de manger !!

A cet égard, les 2 moines nous poursuivant, au moment de notre départ…avec des i phone 6 pour prendre des photos…en disent long sur le contraste entre un pays qui s’ouvre enfin via les communications modernes…mais qui reste encore très traditionnel.

Le lac Inle donc…est le  principal intérêt de la région reste le lac, et la vie qui s’y développe . A bord d’un bateau traditionnel à fond plat (mais quand même motorisé), nous avons découvert des villages flottants réputés chacun pour des activités bien précises : ateliers de tissage, poterie, confection de cigares, fabrication d’ombrelles en papier, ou encore de bateau.

Comme le tissage, la fabrication de cigares birmans sur le Lac Inle emploie principalement des femmes. L’atelier de fabrication artisanale de cigares se situe à Nampan sur la rive est du Lac Inle. On y fabrique des cheroots, c.à.d. des cigares coupés aux deux extrémités, de différentes dimensions. Le filtre à l’une des extrémités du cigare est fait à base de cosses sèches de maïs.

Fabrication de bateau à fond plat utilisés par les pêcheurs du lac Inle

Dans ces ateliers de tissage, les métiers a tisser sont manuels et les femmes tissent du coton ou de la soie pour faire des longyis, des sarongs ou des tuniques

Une originalité du tissage local est le tissage des fleurs de lotus, plus exactement des fibres de la tige de ces fleurs. Comme vous voyez sur la photo, on brise la tige de ces fleurs, puis étire, entrelace et tisse ses fibres. Celles-ci sont teintées ou gardent leur aspect naturel.

Il est possible de découvrir, dans la région du lac Inlé, un artisanat d’une grande délicatesse : la fabrication d’ombrelles en papier. Ces artisans sont de véritables artistes. D’abord, ils fabriquent le papier à partir d’un mélange d’écorce et de glaise, qu’ils travaillent longuement et font ensuite sécher au soleil. Le montage du papier se fait sur une tige de bambou et des baleines en bois.

On fabrique le manche avec un ressort en bambou flexible et la dernière étape consiste à coller des décorations (généralement des fleurs en papier)

Dans le village de poterie, nous avons été particulièrement touchés par notre rencontre avec Tin La, cette potière birmane de 40 ans, veuve depuis l’âge de 22 ans avec ses deux petites filles. Après nous avoir expliqué et montré comment elle fabriquait ses pots, Tin La nous a invité dans sa maison. Elle était un peu gênée par l’aspect rudimentaire des lieux  et n’arrêtait pas de nous dire :« no good no good ! ». Comme dans toutes les maisons birmanes, les pièces à vivre sont à l’étage, le rez-de-chaussée étant réservé au stockage des aliments. Dans la pièce principale qui sert de salle à manger, salon et cuisine, trône un petit autel contenant une statue de bouddha tandis que la pièce attenante comprend des nattes en paille faisant office de matelas et des couvertures. En Birmanie, plusieurs générations  vivent sous le même toit et tout le monde (parents, enfants, grand-parents) dorment ensemble.

A l’aide d’un vieux dictionnaire anglais-birman, nous arrivons à communiquer avec Tin LA qui nous raconte son quotidien pas toujours facile ! Nous sommes touchés par son histoire et restons un bon moment ensemble. C’est d’ailleurs incroyable de voir à quel point on peut entrer dans l’univers des gens, parfois sans même comprendre un mot pour peu qu’on soit à l’écoute et qu’on prenne le temps.

En quelques minutes, Tinla nous a façonné une dizaine de pots et a proposer aux enfants de s’essayer à la poterie…Ils n’en revenaient pas d’avoir pu, grâce au tournage, fabriqué eux aussi des pots si facilement!

Après la cuisson dans un four artisanale sous la terre, les pots sont peints à la main

Chambre à coucher qui accueille toute la famille

Voici la pièce à vivre où trône l’autel dédié à Bouddha

Et enfin la cuisine…assez éloigné des standards européens!

Avec ses canards sauvages et ses hérons qui voguent en file indienne sur ses eaux peu profondes, le lac Inle accueille le peuple intha dans ses villages flottants. Les pêcheurs dont la particularité est de pagayer avec le pied, utilisent une technique assez particulière qui consiste à taper avec une rame sur l’eau pour faire venir les poissons. Autrefois, ils utilisaient des sortes de cages mais cette technique semble aujourd’hui abandonnée.

Quand on se promène sur les eaux du lac, on comprend son importance pour les habitants intha : ils se déplacent grâce à l’eau, se lavent avec, y font la vaisselle, cultivent leurs jardins flottants. Les fermiers font pousser des fleurs, tomates, courges et autres fruits et légumes sur de longs treillis en bois soutenus par des tapis flottants de végétation et ils récoltent leur culture en pirogue .

Malheureusement la surface du lac diminue à une vitesse alarmante à cause de l’augmentation de la population et du développement du tourisme et de l’agriculture. De même, la pollution est en train de mettre en péril ce joyau de la Birmanie : en effet, l’utilisation par de nombreux engrais chimiques et pesticides qui finissent dans le lac, le déversement des eaux usées et les fuites d’essence des moteurs contribuent à polluer les eaux dans lesquelles les habitants des villages continuent de se baigner. C’est  ainsi que les poissons disparaissent au fur et à mesure que les jardins se développent.

Le lac Inle, ce fut aussi la rencontre avec Piu Piu. En Birmanie, les prénoms sont souvent composés de doubles syllables : Piu Piu, Nini, Lele, Soso, Nini, Lala !!

Agée de 28 ans, Piu Piu élève seule ses deux petits garçons, son mari l’ayant abandonné il y a quelques années. Pour s’en sortir, elle cumule un travail de guide touristique et de travail dans le SPA d’un hôtel. Piu Piu était la gentillesse même, d’une aide et d’une générosité incroyable. Les enfants se sont pris d’affection pour elle et nous avons passé des bons moments avec elle et sa famille.

Nous avons eu aussi la chance de voir Pascal ,Caroline et Jonah nous rejoindre pour partager 2 jours sur le lac. Les  enfants se sont régalés entre eux et nous avons pu à la fois découvrir, visiter et prendre du bon temps autour d’un verre de vin. Parenthèse enchantée et bonheur d’avoir des potes avec qui on peut connecter-ou reconnecter- aussi vite et aller à l’essentiel.

Nous avons rencontré les « femmes-girafes » de l’ethnie Padaung qui semblent issues d’un autre temps. Si la tradition de porter des anneaux autour du cou dès le plus jeune âge, et d’ajouter un cercle supplémentaire à l’ensemble tous les ans jusqu’à l’âge adulte, tend à s’estomper, certains villages continuent de suivre cette pratique, dans un but notamment touristique. Nous n’avons pas échappé à cette visite touristique mais cela nous a permis de discuter avec ces femmes, notamment les plus jeunes d’entre elles qui continuent, pas choix, à porter les anneaux (presque 10 kilos).D’un point de vue éthique, nous avons beaucoup hésité avant de faire un stop au magasin flottant des femmes girafes ( nous ne voulions pas cautionner le côté « bête de cirque ») Puis nous nous sommes dit que c’était une bonne façon de participer à l’essors de ces femmes qui ont des moyens de revenus très limités et ne vivent que du tourisme et de la vente de leur artisanat fait main.

On a ensemble rencontré Arno, un jeune suisse valesan de 28 ans, Général Manager  du Viewpoint and Fine Cuisine, un charmant hôtel situé dans le petit village de Nangswee tout près du lac. Arno, avec qui on a tout de suite sympathisé, nous a offert une nuit dans un de ses lodges donnant sur un petit lac parsemé de fleurs de lotus…magnifique !

Aimant relever des défis, Arno nous a quand même préparé une fondue suisse, ce qui est assez improbable au fin fond du Myanmar et organisé un  mémorable karaoké …sans oublier les parties de Uno endiablées !

Philippe improvise une petite balade en barque dans les fleurs de lotus du Viewpoint Hotel, sous les yeux médusés des employés de l’hôtel..

Remplis de ces belles rencontres, nous avons quitté le lac Inle en direction de Kalaw pour un trek de 2 jours à la découverte des tribus pao des montagnes. Prochain article à suivre …